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Nombreux sont les jours où je ne réussis pas à me mettre au travail, où la page de mon cahier reste blanche, où j’allume en vain l’ordinateur ; ces jours-là sont des jours où la peur l’emporte sur le reste.

Peur de me rendre compte que mon projet ne tient pas. Peur de m’en prendre à la troisième partie avec le meurtre, peur de ne pas y arriver, de devoir admettre que c’est au-delà de mes capacités. Trop dur pour moi. Trop beau pour moi aussi, peut-être.

En écrivant Vincent : l'écriture comme acte de foi

Dans l’évangile selon saint Mathieu, il y a cette scène où les disciples, navigant sur un lac, voient tout à coup apparaître Jésus marchant sur la mer. Comme les disciples doutent de cette vision, Pierre demande à venir rejoindre le Christ sur les eaux, afin de vérifier qu’il s’agit bien de lui. Jésus accepte. Pierre sort alors de la barque et commence à son tour à marcher sur l’eau en s’avançant dans la direction de Jésus. Mais, tout à coup, voyant la houle, la mer agitée, Pierre prend peur et commence alors à s’enfoncer dans l’eau. Il appelle Jésus à l’aide et celui-ci le saisit, le rattrape et dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ». 

Quelque chose dans ce fragment de l’Evangile résonne profondément avec l’expérience que je fais de l’écriture du roman et de l’angoisse qu’elle génère. Ecrire un roman, quel que soit son genre, c’est bâtir un univers dans lequel le temps doit passer, le vent doit souffler, la vie doit être perceptible. « Il s’agira de donner au soleil et au ciel bleu sa force et son éclat, aux terrains brûlés et mélancoliques souvent leur fin arôme de thym» dit Vincent au sujet de ses toiles. Le romancier doit être le premier à croire à la solidité de l’univers qu’il bâtit et c’est sa foi dans ce qu’il écrit qui rendra le texte véridique pour les autres.

Si on doute, si on se révèle comme « homme de peu de foi » alors on s’enfonce, on perd pied dans l’écriture, et le roman se dérobe sous nos pas. Mais si on y croit, alors... On peut marcher sur l’eau, courir dans les airs sur une route invisible à l’œil nu, et faire respirer au lecteur un fin arôme de thym. 

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