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Il est vingt heures. Vous rentrez chez vous après une journée de boulot. Vous avez traversé la puanteur et l’encombrement du métro à l’aller et au retour ; reçu 34 coups de fils de gens qui vous supplient de leur accorder un entretien car ce qu’ils ont à vous dire est très important ; vous vous êtes efforcé de remédier à des urgences entrecoupées d’urgences plus urgentes encore ; vous avez ignoré les mesquineries de vos collègues, le harcèlement de la comptabilité, le fait que votre chef vous reproche vos échecs mais s’empare de vos réussites. Vous avez donc survécu à une journée normale de travail, une de plus, et vous retrouvez enfin votre foyer.

 

Quand vous êtes parti ce matin, vous avez laissé votre conjoint assis sur le canapé, un cahier et un stylo à la main. A votre retour, l’appartement est plongé dans l’obscurité. Sur le canapé gît une forme plus sombre. Quand vous allumez le plafonnier, vous constatez qu’il s’agit de votre conjoint roulé en boule, qui réagit à peine à votre vue, mais proteste à l’irruption de la lumière.

« Tu as passé une bonne journée ? ». Un faible gémissement suivi d’un murmure inaudible vous parvient en réponse. « Tu veux manger quelque chose ? » demandez-vous en vous dirigeant vers le frigo, avec la quasi certitude de le trouver désespérément vide. La forme prostrée balbutie qu’elle n’a pas faim. Sur la table de la cuisine se trouvent encore les miettes du petit-déjeuner.

« As-tu réussi à travailler aujourd’hui ? ». Un long cri de désespoir s’élève du canapé, la protestation poignante d’une bête torturée.

 

Vous ne vous alarmez pas, tout ceci est assez habituel. Vous n’insistez pas non plus, et, après avoir mis de l’eau à chauffer pour les pâtes, vous attaquez la vaisselle. Votre conjoint a passé la journée à la maison sans faire le ménage, ni les courses, sans préparer quoi que ce soit pour votre retour. Vous ne vous en indignez pas. Simplement, en lavant les bols du petit-déjeuner, en ramassant les miettes, en mettant le couvert, parfois, vous vous demandez si vous n’auriez pas dû épouser quelqu’un d’autre qu’un écrivain.

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