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Tout à l'heure, il nageait le papillon, dos musclé, jambes lisses ;  maintenant, il nage la brasse, comme moi. Il porte un slip de bain noir, avec une rayure blanche et rouge sur la hanche ; un bonnet de caoutchouc noir, des lunettes en plastique opaque. Cela rend son visage inexpressif, ce regard noir et vaguement batracien.

Il doit penser Revoilà la nageuse bleue, car je porte un maillot deux pièces bleu, avec un bonnet noir et des lunettes transparentes qui me donnent, à moi aussi, un air batracien.

C'est la troisième fois que nous nous croisons, et il me semble remarquer que, de loin, depuis le bout du bassin, Maillot Noir regarde dans ma direction. Il progresse sous l'eau, mains jointes, soufflant des bulles transparentes, ouvrant les bras, yeux noirs, mains jointes, avançant, vers moi.

Je nage suivie d'un slip vert et précédée d'un deux pièces rouge. Je suis cent fois mieux que Deux Pièces Rouge. Aucun doute, c'est donc bien moi qu'il regarde. Je médite cela tout le temps de la longueur, attentive à ma respiration, malgré la légère ivresse que je sens monter en moi.

Nous nous croisons encore deux fois, amoureusement, dirais-je, au centre du bassin, et la troisième fois, je n'en crois pas mes yeux. Maillot Noir n'est pas au rendez-vous. Je traverse tout le bassin sans le voir. A-t-il changé de couloir ? S'est-il arrêté pour souffler un peu ?

Je le cherche en vai
n du regard. Il a disparu.

Qu'elles sont brèves, les amours batraciennes !

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