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Une place immense sur laquelle s'avance une colonne de chars. Des jeunes gens, le visage masqué par des foulards, lancent contre eux de dérisoires projectiles.

Un jeune homme, seul, face au premier de ces véhicules blindés. Disproportion entre l'énorme masse de métal et la vulnérabilité de la silhouette. A l'avancée du monstre, le jeune homme oppose sa vie fragile et ce faisant, il bloque la colonne dans sa progression.  Le char vire un coup à gauche, un coup à droite, cherchant à progresser sans écraser le frêle opposant. A chaque fois, celui-ci se replace devant lui. Une détermination sans faille, bouleversante. Si le conducteur du blindé veut avancer, il lui faut littéralement passer sur le coprs du jeune homme. Il renonce. S'immobilise. Derrière lui, les autres véhicules, inertes, eux aussi.

C'était il y a vingt ans, place Tien Anmen. Les opposants étaient des étudiants d'une vingtaine d'années, comme moi, qui les regardais au journal télévisé. Beaucoup sont morts, d'autres ont été envoyés en prison pour des années.

Je cherche à me souvenir : où étais-je, lorsque j'ai vu ces images ? Dans quel état d'esprit les ai-je regardées ? Impossible de me rappeler quoi que ce soit.

Depuis, d'autres images de massacres, de famines, de catastrophes ont défilé sur l'écran de ma télévision. Je les ai contemplées distraitement, en mangeant mon dîner. Elles sont la toile de fond sur laquelle s'est déroulé mon quotidien fait de plaisirs, de confort et de maux infimes.

C'est peu de dire que je me sens impuissante et coupable. A ce sentiment qui m'envahit  chaque fois, je n'ai que quelques mots à opposer. Je n'ai pas oublié.

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