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« Avoir des enfants ou écrire, il faut choisir » m’a balancé un jour, alors que j’étais enceinte, une femme qui avait choisi. Elle, elle n’aurait pas d’enfant et se consacrerait corps et âme à l’écriture. Je passe sur l’affirmation de supériorité implicitement contenue dans sa sentence et sur la condamnation du choix que j’avais fait. Mais dans le fond, je pense que cette question, celle d’un choix entre maternité ou écriture, se pose à bien des femmes qui souhaitent écrire (et sans doute aussi, mais à un degré moindre, à quelques hommes). 

Bien sûr, dans l’expérience de la parentalité, il y a l’inévitable : le corps consacré à la fabrication d’un autre être, les nuits sans sommeil, le temps passé, mois après mois, à enseigner à un petit d’homme à parler, à marcher, à faire pipi sur le pot, etc… Il est bien évident que ce temps-là, qui s’écoule sur plusieurs années est ôté à l’écriture. Avoir des enfants réduit le temps dont on dispose. Qui pourrait soutenir le contraire ? Et partant de là, il semble évident qu’avoir des enfants nuit gravement à l’écriture. Finie, la possibilité d’écrire la nuit, d’organiser ses journées en fonction de l’envie d’écrire. L’emploi du temps d’une mère est rigidifié, cadenassé, entièrement soumis aux diktats du Minuscule, qui la rappelle à l’ordre à la moindre incartade en braillant vigoureusement.

Libre à la mère de famille de continuer à écrire le soir, bien sûr, c’est juste qu’à partir de 6h 30, il faudra être sur le pont pour attaquer une dure journée. Il faut le dire : si la mère de famille persiste dans son habitude d’écrire jusqu’à 2 heures du matin, elle ne tient pas le coup longtemps.

Doit-on en conclure que oui, entre avoir des enfants et écrire, il faut choisir ? Ce n’est pas si simple. La femme qui m’a balancé cette phrase assassine n’a pas publié de livre depuis cinq ans. Depuis ma grossesse, j’en ai publié trois et écrit deux autres. Comment expliquer cela ? Voici quelques unes des raisons que j'ai trouvées pour expliquer cet apparente contradiction.

Avoir un enfant change la relation qu’on a à son vieillissement, à sa propre fin. Tandis que la nullipare se ronge d’angoisse en songeant à la mort, à sa carrière littéraire médiocre, à la faiblesse de son écriture, la mère de famille admet avec calme sa propre finitude, puisque  c’est pour laisser la place à ce qu’elle aime le plus au monde. Avoir un enfant rend solide : on est relié à l’essentiel par quelqu’un qui réclame à manger trois fois par jour. On est gavé d’amour par un petit être dont on est le dieu vivant. De ce fait, on relativise tous les problèmes, notamment ceux qu’on rencontre avec l’écriture et le milieu éditorial. On est donc plus apte à les affronter.

« Lorsque s’assurer que les enfants partent à l’heure pour leur camp de loisir est aussi important que le roman en cours d’écriture, la pression est beaucoup moins grande » écrit Stephen King dans Ecriture, mémoires d’un métier.

D’autre part, d’après ce que j’ai personnellement constaté, avoir un enfant oblige à structurer : celle qui auparavant se perdait dans l’immensité d’un temps tout entier dévolu à l’écriture se retrouve coincée en mère de famille. Désormais, si elle veut écrire, c’est entre 13 heures et 14 heures 30, pendant la sieste du Minuscule, c’est ça ou rien. Il arrive qu’on soit plus rentable et plus prolifique ainsi que lorsqu’on disposait de tout le temps dont on souhaitait. Avoir un enfant oblige à profiter à fond du temps dont on dispose, ce n’est pas plus mal ainsi.

Enfin, avoir un enfant rend heureux et contrairement à ce qu’on imagine, à l’idée romantique généralement admise selon laquelle l’artiste consumé de souffrance, détruit par l’alcool et la drogue, tire de là ses œuvres les plus émouvantes, le bonheur, une vie équilibrée (et les enfants en font partie) sont autant de facteurs rendant possible ce travail de longue haleine qu’est la création. 

Tag(s) : #écrire - dit-elle

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