Claude Lévi Strauss raconte comment il a dû avant tout renoncer à une idée du texte qu'il désirait écrire pour parvenir à écrire son chef-d'oeuvre, Tristes tropiques.
in Profession : Ecrivain, par Jack London, 10/18.
C'est Louis-René des Forêts qui en parle le mieux, me semble-t-il, dans un ouvrage assez ardu, mais plein de beautés, Voies et détours de
la fiction.
"J'ai toujours été frappé par le phénomène de dédoublement qui s'opérait en moi au cours de mon travail : je suis mon propre lecteur, par lequel l'auteur en moi est sans cesse tenu en bride. C'est un phénomène qui doit être commun à beaucoup de gens qui écrivent : chacun de nous est en même temps les deux membres du couple. Tout écrivain, et même tout lecteur, chez qui le souci de l'art s'unit à une grande méfiance des moyens de l'art, passe par ce double mouvement : mouvement inspiré, mouvement critique. En ce sens, je dirais qu'écrire est l'acte de quelqu'un en moi qui parle en vue de quelqu'un en moi qui l'écoute.
Dissociation, double impulsion contradictoire, désir de l'art et méfiance à l'égard de ses moyens, dialogue infini avec soi-même... J'ai l'impression que tout est dit.
"L’art, c’est la contemplation. C’est le plaisir de l’esprit qui pénètre la nature et qui y devine l’esprit dont elle est elle-même
animée. C’est la joie de l’intelligence qui voit clair dans l’univers et qui le recrée en l’illuminant de conscience. L’art, c’est la plus sublime mission de l’homme, puisque c’est l’exercice de la pensée
qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre."
Ce livre est injustement ignoré, me semble-t-il, peut-être en raison de sa forme parfois désuette : les questions et réflexions du journaliste encombrent la page par moments. Mais ce que Rodin y dit de son travail, de sa conception de la création, reste somptueux et offre matière à réflexion à tous ceux qui créent, qu'ils soient plasticiens ou écrivains.
Jugez vous-mêmes :
"Il n’y a de laid dans l’Art que ce qui est sans caractère, c’est-à-dire ce qui n’offre aucune vérité extérieure ni intérieure.
Est laid dans l’Art ce qui est faux, ce qui est artificiel, ce qui cherche à être joli ou beau au lieu d’être expressif ce qui est mièvre et précieux, ce qui sourit sans motif, ce qui se manière sans raison, ce qui se cambre et se carre sans cause, tout ce qui est sans âme et sans vérité, tout ce qui n’est que parade de beauté ou de grâce, tout ce qui ment."
"Il en est du dessin en art comme du style en littérature. Le style qui se manière, qui se guinde pour se faire remarquer, est mauvais. Il n’y a de bon style que celui qui se fait oublier pour concentrer sur le sujet traité, sur l’émotion rendue toute l’attention du lecteur.
L’artiste qui fait parade de son dessin, l’écrivain qui veut attirer la louange sur son style ressemblent à des soldats qui se pavaneraient sous leur uniforme, mais refuseraient d’aller à la bataille, ou bien à des cultivateurs qui fourbiraient constamment le soc de leur charrue pour le faire briller, au lieu de l’enfoncer en terre.
Le dessin, le style vraiment beaux sont ceux qu’on ne pense même pas à louer, tant on est pris par l’intérêt de ce qu’ils expriment.
Il n’y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur : il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle. Et quand une vérité, quand une idée profonde, quand un sentiment puissant éclate dans une œuvre littéraire ou artistique, il est de toute évidence que le style ou la couleur et le dessin en sont excellents ; mais cette qualité ne leur vient que par reflet de la vérité.
Pour ceux qui souhaitent le lire sans l'acheter, le texte entier disponible à la lecture ici :
http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_(Rodin)/Texte_entier
"Je crois à l'urgence, et que l'urgence est le fruit d'une longue patience." "L'écrivain doit aller au fond de soi vers les territoirs de l'urgence".
Un livre sur l'écriture, magnifiquement mené.
1 : Faites des listes.
2 : Emportez un carnet partout où vous allez.
3 : Essayez d'écrire librement.
4 : Eloignez-vous de l'ordinateur.
5 : Soyez d'un autre monde.
6 : Cessez de vous maltraiter vous-même.
7 : Faites des pauses.
8 : Chantez sous la douche.
9 : Buvez du café ou du thé.
10 Connaissez vos racines.
11 : Ecoutez des musiques nouvelles.
12 : Soyez ouvert.
13 : Entourez-vous de gens créatifs.
14 : Demandez des retours sur votre travail.
15 : Travaillez en collaboration.
16 : N'abandonnez pas.
17 : Pratiquez, pratiquez, pratiquez.
18 : Autorisez-vous à commettre des erreurs.
19 : Allez dans des endroits inconnus.
20 : Regardez des films étrangers.
21 : Comptez le nombre de chances que vous avez.
22 : Prenez beaucoup de repos.
23 : Prenez des risques.
24 : Ne respectez pas les règles.
25 : Faites davantage ce qui vous rend heureux.
26 : Ne forcez pas.
27 : Lisez une page du dictionnaire.
28 : Définissez une structure.
29 : Arrêtez de vouloir être quelqu'un de parfait.
30 : Une idée ? Ecrivez-là !
31 : Nettoyez votre espace de travail.
32 : Amusez-vous.
33 : Finissez quelque chose.
De la folie, de l’amour, de la passion, de la générosité, autant de qualités qui animent « Vous n’aurez qu’à fermer les yeux », le dernier roman de Marianne Jaeglé.
Un livre passionné dont on se délecte au fil des pages, porté par une écriture légère qui nous parle. Un livre sur les relations inter-génération, sur la folie, sur l’amour, sur la vie, une belle histoire entre deux êtres humains bordés d’amour…au cœur du milieu psychiatrique, à la recherche d’une possible frontière entre folie et raison.
l'article de Mickaël Tardu est à lire dans son intégralité à l'adresse suivante :
http://www.carrefourdescultures.com/lecture/vous-naurez-qua-fermer-les-yeux-123